[Cinéma] Sicario

sicario

Mon passage dans les salles noires que je veux hebdomadaire m’a conduit cette semaine voir Sicario. Présenté au festival de Cannes, le film, terminé depuis un petit moment donc, à su distiller son attente, et ne nous arrive qu’avec l’automne, comme pour rappeler la morosité de son ambiance, qui aurait quelque peu détonnée au printemps.

Sicario donc, nouvelle itération du « jeune » prodige Denis Villeneuve, nous emmène sur les traces de Kate, agent du FBI recrutée pour traquer les cartels de drogue de l’autre côté de la frontière.

Comme à son habitude, le réalisateur nous sert un film noir et tortueux qui joue sur les limites de la moralité avec maestro.

[Sicario = sicaire, ou tueur à gage, ici à la solde des cartels mexicains]

Le film de la semaine est donc le 7ème long métrage de Denis Villeneuve, et dernière œuvre derrière le psychotique mais non moins excellent Prisoners et le beaucoup plus étrange et paranoïaque Enemy (ou l’inverse tant les adjectifs collant aux deux films pourtant très éloignés, peuvent se rejoindre).

Sicario nous transporte donc à Phoenix, non loin de la frontière sud des Etats-Unis, coté « paradis ». Kate, est une agent d’une équipe d’élite du FBI, chargée de la négociation dans la prise d’otage. Elle endure au jour le jour les macabres découvertes laissées par les gangs trafiquants de drogues et d’humains sur leur passage.

Suite à une série d’attentat anti-police laissant présager un accroissement de la présence des cartels sur la zone frontalière, elle est repérée par une équipe de la CIA qui l’engage afin d’aller combattre le problème de l’intérieur. Idéaliste et très attachée au respect des protocoles, elle se retrouve vite forcée de faire face à des choix moraux plus que douteux.

Le scénario est un des points fort du québécois Denis Villeneuve, et, s’il se montre ici un cran en dessous de ces derniers longs-métrages, l’écriture ne démérite pas et nous sert un divertissement torturée mais imprégné d’un réalisme qui interpelle par la violence des faits, sans entrer dans un côté alarmiste ou moralisateur.

Il se distingue par une tension palpable qui retombe rarement et par un danger omniprésent, quelle que soit la situation, d’un bout à l’autre des 2 heures que dure le film et ce, jusqu’au tombé de rideau final.

Malgré cela, nous retrouvons ce côté assez patriotique et très communautariste de nos voisins outre-Atlantique, se ressentant notamment dans la justification des actions (oui c’est mal, mais c’est pour le bien de nos concitoyens, blablabla) mais contrebalancé par quelques critiques sous-jacentes, comme ces employés fédéraux répréhensibles, ou à l’inverse, de petites touches de bienveillance comme ce focus fait sur une famille mexicaine, comme pour montrer que rien n’est tout blanc ou tout noir, que le Mexique n’est pas un pays de trafiquants, mais un pays rongé par ceux-ci, nuance.

Coté image, Denis Villeneuve nous a habitué à des scènes de contemplation humaines et urbaines biens plus que naturelles, une de ses autres marques de fabriques. Pour autant Sicario dégage une ambiance qui doit beaucoup à sa direction photographique, et notamment ses choix de filtres, jaunies, passés par le soleil et la poussière ambiante.

Ce signe distinctif rappelle d’ailleurs une autre œuvre congénère : Breaking Bad et son ambiance suffocante, centrée elle-aussi sur les problèmes de drogues à la frontière mexicaine… moins sérieuse en apparence, mais pas moins dramatique.

Pour le reste, le cadrage se veut millimétré, très calme et très calculé, tout dans les mouvements de caméras rappelle le rythme savamment étudié du film, qui tient bien plus du drame que du film d’action, soit-dit en passant.

Le long-métrage ne nous prive pourtant pas de moments de « bravoure », qui culminent avec un aller et retour éclair au sein de Juarez par une équipe militaire escortée par la police locale, qui restera dans les mémoires, ou encore vers la fin, le fulgurant enchainement des événements pour l’un des personnages passé de l’autre côté de la frontière.

Pour le casting, le quadragénaire québécois délaisse Jake Gillenhall au profit d’Emily Blunt, aperçu précédemment dans Edge of Tomorrow ou encore Looper. Elle incarne parfaitement la flic droite dans ses bottes délaissant sa vie privée au profit d’un travail qui la passionne autant qu’il la ronge.

A ses côtés, Josh Brolin colle parfaitement à l’image du chef, un brin c*nnard sur les bords, qui se la joue cool, quitte à mettre la pression à ses subalternes. Son personnage se rapproche d’ailleurs bien de celui qu’il incarne dans le récent et renversant Everest.

Benicio Del Toro, à l’image de son succès incarne une fois de plus un personnage fort et énigmatique, froid et inexpressif, entretenant le doute sur son parti prit, quitte à brouiller un peu plus la frontière entre « le mal » et « le bien ». Allié au « je m’en foutiste » Josh Brolin, le duo décape, et demande à être vu dans d’autres films à l’avenir.

Une belle brochette d’artiste pour incarner une galerie de personnages réalistes à faire froid dans le dos. En revanche aucun rôle secondaire ne sort du lot, et ils sont tous aussi vite oubliés que rencontrés, à l’exception éventuelle de John Bernthal et de Daniel Kaluuya.

La bande son, quasi inexistante, retrace bien, dans les moments de calme, l’Amérique rustique, comme cette scène se déroulant dans un bar country. Lors des moments plus tendus elle s’efface totalement pour laisser le silence seul maitre de la très forte tension qui habite plusieurs scènes du film.

En somme Sicario est donc un très bon film, dur, au suspens pouvant se révéler éprouvant, mais d’une qualité certaine.

Sans être un chef d’œuvre ou un futur film culte, il restera sans aucun doute (pour ma part en tout cas) dans les films marquants de cette année 2015, où la concurrence est pourtant très forte.

A recommander à ceux ayants appréciés les autres longs-métrages de Denis Villeneuve comme à ceux souhaitant voir une œuvre se focalisant sur l’aspect humain bien plus que sur l’aspect général des dégâts engendrés par la loi des cartels de drogue.

En bref :

SICARIO

Sortie le 07/10/2015

De : Denis Villeneuve

Avec : Emily Blunt, Benicio Del Toro, Josh Brolin…

Drame, Thriller, Policier

Publicités

4 réflexions sur “[Cinéma] Sicario

  1. Rien que pour emily j’ai envie de le voir 🐱
    Mais sympa quand même ta petite critique

    J'aime

  2. Sympa ta review 😉 Je pense attendre qu’il sorte pour le voir mais ça à l’air bien

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s